DANS(E) TA CLASSE
Un protocole artistique crée par Marion Lévy basé sur le programme scolaire de la 6ème à la 3ème
« À la suite d’un ambitieux projet EAC (Éducation Artistique et Culturelle) mené autour de l’un de mes spectacles, Roméo, j’ai pu constater l’impact positif de l’expérience sur les élèves. Ils s’étaient engagés pleinement, avaient développé leur sensibilité artistique, leur curiosité, et leur esprit critique. En revanche, un constat s’est imposé : les enseignants, bien que présents en périphérie, restaient trop souvent à distance du processus créatif.
Cette observation a été le point de départ d’une réflexion plus large sur la manière de concevoir l’EAC. J’ai alors eu l’idée d’inverser le schéma traditionnel d’intervention : ne plus partir de mes créations pour aller à la rencontre des élèves, mais partir directement du coeur du système éducatif, à savoir les enseignants et les programmes scolaires pour en donner une traduction artistique et favoriser les apprentissages »
Marion Lévy
Dans(e) ta classe est un projet porté par Marion Lévy - Cie Didascalie.
Partenaires
Collège Jacques Prévert, Guingamp
Théâtre du Champ au Roy – scène conventionnée de Guingamp
Campus des métiers et des qualifications d’excellence de l’éducation artistique et culturelle Bretagne
Dans(e) ta classe a été soutenu jusqu’en juin 2025 par la Fondation Casino dans le cadre de son programme ‘Artistes à l’école’.
Dans(e) ta classe est développé à partir de 2026 en partenariat avec la Fondation Culture & Diversité qui s’engage pour trois ans aux côtés de la Cie Didascalie à soutenir le projet et la recherche-évaluation.
La Cie Didascalie reçoit l’aide au conventionnement de la DRAC Bretagne ainsi que l’aide de la Région Bretagne, du département des Côtes d'Armor et de la Ville de Pommerit-le-Vicomte
>>> À ÉCOUTER
Sofia Anastasio est venue assister à la restitution de Dans(e) ta classevendredi 4 avril 2025 au Théâtre du Champ au Roy de Guingamp ( dans le cadre du festival PasSages )
Elle a réalisé un très beau reportage diffusé le 9 avril sur France Musique et à (ré)écouter ici

Présentation du dispositif
Dans(e) ta classe est un dispositif pédagogique et artistique innovant qui vise à transformer en profondeur les pratiques d’enseignement en milieu scolaire. Ce projet repose sur l’idée que le corps, le sensible et la création collective peuvent devenir des leviers puissants pour l’apprentissage. En intégrant la danse et le mouvement dans le processus éducatif, il cherche à rendre les savoirs plus accessibles, mémorisables et engageants pour les élèves, tout en renouvelant la relation entre enseignants, élèves et artistes.
L’ambition centrale est de faire du corps un outil d’apprentissage à part entière, en valorisant une pédagogie incarnée, sensible et collective. Plutôt que de faire de l’art une simple activité complémentaire ou ponctuelle, Dans(e) ta classe en fait une méthode d’enseignement intégrée au quotidien scolaire. Ce dispositif s’inscrit dans une démarche d’éducation par l’art, où la création artistique devient un vecteur de compréhension et de mémorisation des contenus disciplinaires.
Depuis deux ans, Dans(e) ta classe est mis en oeuvre de manière expérimentale au collège Jacques Prévert de Guingamp avec une classe de 22 élèves depuis leur entrée en 6e. Chaque mois, pendant une semaine complète, l’artiste chorégraphe intervient dans l’établissement, en co-intervention avec les enseignants de toutes les disciplines.
Dans(e) ta classe vise ainsi à favoriser la réussite scolaire, notamment chez les élèves en difficulté ou en perte de motivation, en leur redonnant confiance grâce à une approche qui sollicite tous leurs sens. Par ailleurs, le dispositif renouvelle la pratique pédagogique des enseignants en leur proposant une méthode transversale, émotionnelle et créative, qui peut s’adapter à toutes les matières. En intégrant l’art dans le quotidien scolaire, Dans(e) ta classe entend faire du sensible un outil permanent de transmission des savoirs, tout en reconnectant les élèves à leur propre intelligence corporelle et sensorielle.
Sa méthodologie
Le projet se veut une passerelle entre les exigences du programme scolaire et les langages de la création contemporaine, en valorisant une approche transversale, incarnée et vivante de la connaissance.
Le travail commence par une sensibilisation à l’expression artistique auprès des enseignants en tout début d’année scolaire. Ils travaillent ensemble à définir les enjeux de leur classe, les acquis fondamentaux attendus des élèves en fin d’année.
Puis une semaine par mois, l’artiste entre dans la classe, en modifie les habitudes, en accord avec les objectifs des enseignants, et commence à créer avec les élèves des chorégraphies visant à faciliter la compréhension des notions du programme. Par exemple, pour apprendre et comprendre l’accord du participe passé, les fractions ou encore les propriétés des droites, le geste est lié à la parole , les bras deviennent des droites, le participe passé d’un verbe tourne le dos au COD, le corps de l’autre devient support pour visualiser un segment…
Les élèves sont donc amenés à souvent se lever, les gestes sont parfois montrés comme en miroir par l’artiste, parfois co-créés avec les élèves en lien avec l’enseignant. L’élève devient ainsi actif pour s’approprier l’enseignement et toutes les mémoires sont sollicitées, auditives, visuelles mais aussi et surtout corporelles. Cet enseignement s’inscrit spontanément et puissamment dans la mémoire à long terme et développe l’intelligence de tous les élèves.
L’art s’infiltre ainsi dans le quotidien des élèves et des enseignants sans entrer en concurrence avec l’école. Il n’est plus aussi ici question d’heures amputées au programme scolaire puisque Dans(e) ta classe devient le programme scolaire, et les élèves font littéralement corps avec ce qu’ils apprennent.
L’année se clôt par une restitution, car, au-delà de cette nouvelle méthode pédagogique, cela permet de valoriser et de reconnaître le travail des enfants et des enseignants, notamment auprès des parents.
L’innovation réside dans la structure même du projet
• L’artiste ne vient pas illustrer un savoir déjà transmis, il le co-construit avec les enseignants.
• L’art ne complète pas le programme, il en devient la méthode.
• Le geste, le mouvement, le rythme et l’espace deviennent des vecteurs d’acquisition des savoirs fondamentaux.
• Le geste lié à la parole favorise la mémorisation à long terme.
En infiltrant l’art dans le quotidien des élèves et des enseignants, le sensible n’est plus un à-côté, mais une composante essentielle des apprentissages.
Le projet répond ainsi à un double enjeu
• Favoriser la réussite des élèves en particulier ceux en difficulté d’apprentissage ou en perte de motivation en leur redonnant confiance.
• Renouveler les pratiques pédagogiques des enseignants en leur proposant une approche transversale, émotionnelle et créative de leur métier
Effets constatés
Les effets de l’expérimentation Dans(e) ta classe sur les élèves et les enseignants sont
significatifs et visibles au quotidien. Le projet ne se contente pas d’enrichir l’expérience
scolaire, il transforme en profondeur les dynamiques d’apprentissage.
Les résultats les plus marquants observés depuis le lancement du projet sont les suivants :
• Mise au travail facilitée : les élèves s’engagent plus rapidement dans les activités, avec concentration et autonomie.
• Amélioration des résultats scolaires : les notes ont globalement augmenté, notamment dans les disciplines abordées par le mouvement.
• Meilleure ambiance de classe : les tensions s’apaisent, la coopération s’intensifie, le climat scolaire devient plus serein.
• Envie de venir au collège : l’école devient un lieu stimulant, porteur de sens et de plaisir d’apprendre.
• Motivation et désir d’apprendre renforcés : les élèves sont plus curieux, plus impliqués, et prennent confiance en leurs capacités.
• Implication accrue des enseignants dans une pédagogie créative : ils puisent dans cette méthode pour renouveler leur pratique et y trouver de nouveaux outils de transmission. Ces effets dépassent la simple dimension artistique : ils montrent que l’introduction du corps et du sensible au coeur des apprentissages peut réparer, relier, dynamiser.
Perspectives de développement du dispositif Dans(e) ta classe
L’objectif de Dans(e) ta classe est de dépasser l’expérimentation locale pour devenir un dispositif pédagogique duplicable à l’échelle nationale. Fort des résultats observés, le projet vise désormais à être modélisé afin de pouvoir ensuite être déployé dans d’autres établissements scolaires, en formant des artistes et des enseignants à cette méthode singulière d’éducation par le corps et le sensible.
Les axes de développement envisagés sont les suivants :
- Former d’autres artistes à ce protocole artistique spécifique en leur transmettant un véritable « mode d’emploi ».
- Proposer des formations aux enseignants, en collaboration avec les rectorats et les établissements volontaires.
- Mettre en place des partenariats avec d’autres collèges en France pour expérimenter la méthode dans différents contextes.
- Organiser trois temps de regroupement par an pour mutualiser les compétences, partager les expériences et ajuster les pratiques.
- Organiser un temps fort annuel de restitution.
- Modéliser le dispositif par une recherche-action en collaboration avec Dieynébou Fofana-Ballester, Maîtresse de conférences en sciences de l'éducation et de la formation. (Écriture d'un ouvrage sur les effets de l’expérimentation au sein du collège de Guingamp)
Le projet Dans(e) ta classe propose une autre manière d’apprendre, en redonnant une place centrale au corps dans le processus d’acquisition des savoirs. Il reconnecte les élèves à leur propre intelligence corporelle et sensible, et offre aux enseignants de nouveaux leviers pédagogiques. En intégrant l’art au coeur du programme, il ne s’agit plus de sensibiliser ponctuellement à la culture, mais de faire du sensible un outil permanent de transmission. Le succès de l’expérimentation menée depuis deux ans prouve que ce changement de posture — du corps spectateur au corps apprenant — est non seulement possible, mais profondément bénéfique.
L’enjeu à présent est de structurer, modéliser, transmettre et essaimer cette méthode, pour que d’autres établissements, d’autres artistes et d’autres enseignants puissent s’en emparer, et faire de l’école un lieu où l’on apprend avec tout son être.